Old is gold ?

Dernière mise à jour : 10 mars

Vous vous demandez où vous avez atterri ? Non, "Old is Gold" n'est pas une marque de collants de contention à paillettes, ni un vieux tube de Frank Sinatra. J’ai créé cet espace pour partager ma quête intime, et essayer de raconter ma récente odyssée : celle de prendre mon passé par la main pour mieux incarner mon présent.


Je me suis rendue compte en devenant mère à mon tour que je ne connaissais à peu près rien de mon histoire familiale. Celle de mes ancêtres, mais aussi celle plus récente de mes parents et de mes grands-parents. Pourtant mon intuition me disait qu'il était important que je me penche sur leur cas et que je réfléchisse à ce que moi j'avais envie de rompre ou de transmettre à mon tour.

Bref, il y avait du ménage à faire.


J’ai donc sorti mon plus beau jogging, mes lunettes, mes post-it et j'ai accroché au mur de grandes feuilles de papier blanc. Il était grand temps que démarre l'enquête.


Amy Friend "Dare alla Luce"

Dans les différents métiers que j'ai pu exercer, la parole et le regard occupent une place centrale. Journalisme, direction artistique, chargée de communication, auteure,...

Plutôt amusant pour quelqu'un comme moi qui a passé la moitié de sa vie à lutter contre une timidité de haut niveau tendance pivoine, et qui est dotée d'une famille qui préférerait se couper une main plutôt que de parler de ses émotions.


Dans le cadre de la réalisation de portraits, j’ai passé pas mal d’années à interviewer et à écouter des gens me raconter leur vie, buvant leurs paroles, me nourrissant de leurs anecdotes comme pour combler ma mémoire en pointillée. J'étais shootée aux rencontres. Plus ils étaient âgés, plus j'étais heureuse, leur ligne de vie étant d'autant plus dense. J'aimais aller les voir à l'heure du café ou du pastis, bousculer leur quotidien bien huilé avec mon magnétophone et mes questions.


Certaines rencontres m’ont transpercées. Je suis parfois sortie hagarde d’une conversation dont je n’avais pas pu anticiper l’intensité, comme celle de cet bel homme octogénaire au regard translucide et troublé, qui m'a raconté sans reprendre son souffle le jour de la déportation de ses parents et de ses frères et sœurs, comme si c'était hier.


J’ai écrit, enregistré, écouté, interrogé et photographié ces inconnus, traquant leurs emportements, leurs trémolos, leurs constats d'échec, leurs élans, leurs espoirs.

Au fond, c’était sans doute aussi un miroir déformant de la vie que je voulais avoir, de toutes ces vies que je n’aurais pas. Une espèce de rêve, d’utopie karmique d’avoir mille vies, là, devant moi, offertes. Un millefeuille dans lequel il n’y avait plus qu’à piocher.


Aujourd’hui, ce sont d’autres personnes qui me captivent, dont je cherche à comprendre les trajectoires. Des absents dont je pointe les déraillements, les emportements, les fêlures. Des inconnus dont je dessine les passions secrètes, les trahisons, les petits bonheurs. Des visages familiers dont je dissèque les désillusions, les maladies, les tragédies.

Et ce qui est nouveau, c’est qu’ils font tous partie de ma famille.


Le syndrome de la page blanche


Chez moi, on ne parle jamais du passé. On laisse les morts roupiller sans jamais les déranger. On évite soigneusement tout ce qui pourrait faire ressurgir des ancêtres.

On se bouche les oreilles à l’évocation de secrets de famille et on met sous cloche tout ce qui ressemble de près ou de loin à un souvenir.

Les souffrances sont ainsi vitrifiées, bloquées à l'ère glaciaire, ne risquant plus d’embarrasser personne.


Pourtant le passé structure notre présent. Et parfois de façon encombrante. Croyances enracinées, reproductions inconscientes, systèmes hérités dont il est difficile de s’émanciper, injonctions et loyautés qui nous collent à la peau parfois toute notre vie, les racines immergées sont passionnantes à étudier pour quiconque souhaite aller à la rencontre de soi-même.


On reste souvent coincé dans les vêtements étriqués dans lequel notre système familial nous a enfermé en jetant la clef. La petite fille éternellement timide, le garçon étiqueté bon à rien, les places dans la fratrie et le sentiment d’injustice, les jalousies dont on ne peut plus se défaire, les incompréhensions qui s'épaississent avec les années, il est dur de se débarrasser de ce qui nous colle un peu trop à la peau.

Les travers de l’enfance ou de l'adolescence que l’on nous ressert sur un plateau à la moindre occasion peuvent raviver en un claquement de doigts des blessures jamais vraiment cicatrisées.



Amy Friend, Latent light


Clics et déclic


En septembre 2020, quelques mois après le début de la pandémie, j’ai rempli mes poumons d’oxygène et j’ai plongé en eau profonde. L’avantage quand on ne sait rien de son histoire, c’est qu’on a tout à découvrir.


Cela faisait longtemps que je voulais partir faire ce voyage intérieur mais comme toujours, il faut un déclic. Les rares fois où j'ai tenté de faire des recherches sur des sites de généalogie, j'ai été effrayée par le côté poussiéreux et abyssal de ces bases de données peuplées de fantômes.


C’était sans compter sur mon amie Peggy qui me montra un soir dans un bar bruyant, entre deux cocktails, le site sur lequel elle avait construit son arbre généalogique.

Peggy ce n’est pas n’importe qui. Historienne autodidacte, érudite et passionnée, elle a animé de nombreuses conférences sur le Paris insolite et interlope sous le nom de Sylvanie de Lutèce, et sa curiosité est sans limites. Les fantômes de Pigalle, de la Commune ou encore de la Saint-Barthélémy n'ont pas de secrets pour elle. Amie des vieilles pierres et des livres anciens, cette alchimiste moderne partage avec un enthousiasme infini et une gouaille rafraîchissante le résultat de ses découvertes, le tout avec beaucoup d’espièglerie.

Bref, elle était la personne idéale pour m’aider à mettre un pied dans les méandres de la recherche généalogique.

Heureusement, je ne savais pas encore que j’allais y passer des centaines d’heures.


Allo, la MIF ?


Mais au-delà des dates en pagaille, des photos disparues et des états civils numérisés de tout ce groupe dont je descends, des rafales de question m'assaillent.

Qui sont les gens qui constituent mon groupe familial ? D’où viennent mes parents ?

De quel milieu ont-ils les codes ? Quels ont été les migrations, les bouleversements, les mœurs, les accidents, les secrets et les habitudes de toutes ces lignées dont je suis un maillon ?

Et bien sûr que vais-je dire à ce sujet à mes enfants, aujourd’hui bien trop petits pour m’interroger ? Ça les amuse quand je leur montre leur petite tête mignonne sur cet arbre généalogique figé, sur l’écran d’ordinateur. Ils se sentent sans doute appartenir à quelque chose. Oui mais à quoi ?


J’ai donc attrapé mon portable pour faire le 06 de mes aïeux. Et je n'ai pas été déçue.